12/11/2014

Regarding Henry/A propos d'Henry

While he is all but forgotten here today as he is in the English-speaking world, British crime writer Henry Wade seems to have been very popular with French readers in the Thirties and most of his books enjoyed translations at the time thanks in no small part to the enthusiasm of Alexandre Ralli, founder of the legendary imprint L'Empreinte which also introduced John Dickson Carr, John Rhode/Miles Burton, F.W. Crofts or Philip MacDonald - to name just a few - to French readers. 

Unlike the notoriously rare and expensive originals, the French editions of Wade's books are relatively easy to find at a reasonable price, and some are the highlights of my (meagre) collection. The only exception also happens to be the one I want most to read: Constable, Guard Thyself! The book has a rather laudatory entry in the seminal impossible-crime survey Chambres closes, crimes impossibles praising it both for its plot and its treatment of a theme then taboo in British crime fiction, police corruption. I've been looking for it for years, setting alerts at various websites to no avail so far: the book is as elusive as a Juge Allou novel and whoever owns it doesn't want to part with. The only remaining hope is that the book gets reprinted either in English (which might happen) or in French (I'm not holding my breath) The current neglect of Wade is hard to understand as he was very much a "modern" crime writer, emphasizing character and social themes over the puzzle plot and later dispensing with the latter completely as in the Ilesian Heir Presumptive or the proto-noir Released for Death. I have often railed in the past against Golden Age stereotyping and Wade is one of its most glaring casualties. Let's hope time (and a publisher) finally does him justice.


Bien qu'il soit aujourd'hui complètement oublié en France comme dans les pays anglo-saxons, Henry Wade fut apparemment très apprécié du public français dans les années trente, la plupart de ses livres étant traduits grâce en grande partie à l'enthousiasme d'Alexandre Ralli, fondateur et animateur de la mythique collection L'Empreinte qui permit également de faire connaître aux lecteurs gaulois des auteurs tels que John Dickson Carr, John Rhode/Miles Burton, F.W. Crofts ou Philip MacDonald. 

Si ses livres sont extrêmement rares et onéreux en version originale, il n'en va pas de même pour les éditions françaises qui sont relativement faciles à trouver à des prix décents; j'en compte d'ailleurs quelques-uns dans ma maigre collection. La seule exception est comme par hasard celui que je souhaite le plus lire, On a tué un policier (Constable Guard Thyself en anglais) Ce livre bénéficie d'une assez bonne réputation, étant cité et encensé dans le séminal Chambres Closes, Crimes impossibles pour son intrigue et son traitement d'un thème à l'époque peu abordé par le roman policier britannique, la corruption policière. Je l'ai cherché partout en vain; ceux qui le possèdent ne souhaitent apparemment pas s'en séparer (et s'il est aussi bon qu'on le dit, je les comprends) Il ne reste plus qu'à espérer que le livre soit réédité un jour, en anglais ou - soyons réalistes, demandons l'impossible - en français. L'indifférence actuelle autour de l'oeuvre de Wade est assez difficile à comprendre dans la mesure où il fut à bien des égard un pionnier du polar "moderne", s'intéressant de plus en plus à la psychologie et aux grands thèmes sociaux au détriment de l'énigme jusqu'à se passer complètement de celle-ci (voir les romans Hallali ou Justice est faite qui pour le dernier présente plusieurs caractéristiques typiques du roman noir) J'ai souvent protesté dans ces colonnes contre les stéréotypes attachés au roman d'énigme, et Wade en est parmi les plus tristes victimes; espérons que le temps (et un éditeur) lui rende justice.

08/10/2014

Missing

Ayant créé une alerte pour cet auteur, j'ai reçu aujourd'hui un mail de eBay m'informant qu'un livre de Noël Vindry venait d'être proposé à la vente. Comme pas mal d'amateurs de romans policiers, j'entends parler en très grand bien de cet écrivain - grand spécialiste français des chambres closes et crimes impossibles dans les années trente - depuis des lustres, mais n'arrive jamais à mettre la main sur ses livres. Ils sont en effet extrêmement rares, sauf ceux de sa dernière période au Masque qui de l'avis général ne comptent pas parmi ses oeuvres majeures. Et qui dit rares, dit chers. Très chers. Or donc, si vous souhaitez acquérir Le double alibi, dans son unique édition de 1934, il vous en coûtera... 100 euros. Et ce n'est même pas le plus cher que j'aie vu pour un livre de Vindry; je me souviens avoir croisé une fois La Bête hurlante à 140 euros sur Abebooks. Dommage que les héritiers de Vindry ne touchent pas un sou de ces ventes; ils en tireraient une rente appréciable. En tout cas ce n'est pas encore aujourd'hui que j'aurai un Juge Allou dans ma bibliothèque, et il en sera ainsi tant que Vindry ne sera pas réédité. 

Pourquoi ne l'est-il pas? C'est une question qui fait le tour de la communauté polardière depuis des décennies. Ce ne sont apparemment pas les héritiers qui s'y opposent; plusieurs Juge Allou ont été réédités... en Espagne dans les années 80, ce qui me fait regretter d'avoir laissé mon espagnol en jachère car ces éditions-là se trouvent facilement et à bas prix. Il faut donc en conclure que ce sont éditeurs qui ne sont pas intéressés, et de fait on voit mal qui dans le paysage éditorial français actuel pourrait s'intéresser à Vindry. Le Masque était le choix le plus "logique" mais a tourné le dos au roman d'énigme qui fut longtemps son terrain d'élection. Grands Détectives? Autrefois ouverte aux grands auteurs du passé, la collection est désormais réservée aux auteurs contemporains et se spécialise dans le roman policier historique. Rivages/Mystère n'est plus et les romans d'énigme, déjà fort peu nombreux, ont disparu du catalogue Rivages depuis la mort de Claude Chabrol. En outre, les éditeurs ne font pas dans la philanthropie; ils ne publient que des livres pour lesquels un marché existe, et cela ne semble pas être le cas ici. La seule tentative récente de réédition, un omnibus réalisé par Roland Lacourbe qui reprenait A travers les murailles, n'a rencontré que peu d'écho. Le roman d'énigme, en particulier dans sa forme "impossible", avait connu un regain d'intérêt dans les années 90, notamment grâce au succès des rééditions de John Dickson Carr. La page semble tournée désormais, les amateurs d'énigmes se tournant vers la télévision et abandonnant les rayonnages aux fans de thrillers et de noir. Resterait l'édition numérique, qui a déjà permis outre-Manche et outre-Atlantique à des auteurs comme J.J. Connington ou Stuart Palmer de retrouver une visibilité qu'ils n'avaient plus dans les librairies traditionnelles, mais le marché est encore balbutiant en France et rien ne peut se faire sans l'accord des ayant-droits. Ou l'espoir qu'un petit éditeur ait un coup de coeur; c'est après tout une presse universitaire de province, Les Presses Universitaires du Septentrion, qui a enfin permis aux lecteurs français de découvrir Gaudy Night de Dorothy L. Sayers.

Mais en attendant, que faire? Lire et relire A travers les murailles. Garder un oeil sur eBay, PriceMinister et Abebooks. Et faire les brocantes, en croisant les doigts pour trouver la perle rare, vendue par cette providence du chineur: la bonne poire qui ne sait pas ce qu'elle vend (elle existe, je l'ai rencontrée plus d'une fois)



07/10/2014

Me Like Some Comments

A few more words to tell you that comments on this blog are welcome and much appreciated. Feel free then to say what you think, even (and most particularly) if you disagree with me! And if you prefer to keep it private, you can drop me a line at lechardxavier-at-gmail.com. 

Hear from you soon!

Of Definition and Standards

Says Leslie Kendall Dye:

My obsession with Wilkie Collins started, strangely, with The Moonstone. It's often credited with being the first "detective novel," but it isn't. It is considered a classic, but it's boring and poorly plotted. I read it to please my father, who had loved it. When I told him what I thought of it, he said, "Oh, yes, I remember now, it is boring. Try The Woman in White, that's much better."
Indeed. I spent that year collecting and reading every Collins novel I could find. The Woman in White, while perhaps the least needing of publicity, is the best book with which to introduce Wilkie Collins to the uninitiated.

Funny - or revealing - that my personal experience was quite the opposite. I, too, had my first taste of Collins with The Moonstone but I loved and still love it; multiple visits have not eroded its charm a little bit. I don't find it boring at all, and the plotting is one of the things that make it a favorite of mine. Part of the book's appeal is to witness the birth of a genre - yes I know L'Affaire Lerouge came first, but there's no denying The Moonstone is closer to detective fiction as we know it. T.S. Eliot may have overstated his case but not by much.

Fresh from The Moonstone I went on to read The Woman in White with great expectations as I'd been repeatedly told it was even better, and... well... I liked it, but was somewhat disappointed as I didn't think it lived up to its reputation. Sure the writing was great and the characterization too, but the plot failed to elicit significant interest or thrills from me. Don't get me wrong: it wasn't boring, but neither was it extremely compelling. Suffice to say that I never felt the urge to re-read it.

Part of my disappointment may have to do with the fact that unlike The Moonstone it is not a detective novel. There is a mystery, or kind of, but the emphasis is on suspense, not detection. The guilty party is known almost from the start and the book is not about unmasking him but tweaking his schemes. All fine if you're into that kind of thing; the problem is, I'm not - much. I'm very much a puzzle/mystery-focused reader and that's probably why I've never been keen on crime novels or noir fiction - genres where there is nothing or little to solve.

Back in the Golden Age, when puzzle and plot were paramount and the traditional model was mostly unquestioned even by those trying to break free from it, The Moonstone was by far the most admired of the two novels. But times and priorities have changed and The Woman in White is much closer to our definition of what a good mystery - I mean, a good crime novel must be. 

Shifting tastes and evolving definitions account for the difficulty in identifying the Great Ancestors of the genre. To an orthodox reader/scholar including, say, Balzac's A Murky Business in the Canon makes no sense - it is obviously not a detective story. For the more modern-minded, however, the book has criminal events at its heart and is high on realism and characterization so it qualifies. Here like everywhere else in the genre, judging requires agreeing on definition and standards as Chandler in an exceptional bout of wisdom noted.  And there is very little agreement on anything nowadays in the mystery field.


17/09/2014

Les lauréats du Grand Prix de Littérature Policière 2014 sont connus.

Bon, c'est officiel: ce prix, qui n'était déjà pas très glorieux au départ, est devenu une vaste blague, un véritable Goncourt du polar - et je ne dis pas ça comme un compliment. Il serait vraiment temps de mettre les choses au clair et de changer le nom d'un prix qui, en fait de littérature "policière", ne récompense pratiquement que des romans noirs, si possible engagés politiquement, ou des livres que seule une interprétation très large du genre permet d'y inclure, comme c'est le cas du lauréat étranger cette année encore. La littérature policière "traditionnelle", non noire, reste elle sur le pas de la porte. Louise Penny reçoit des prix un peu partout, mais les beaux esprits français l'ignorent, et Thomas H. Cook est prié pour la troisième année consécutive d'aller se rhabiller. Je suggère aux jurés du GPDLP de fusionner avec les Trophées 813 et le Prix Mystère de la Critique: ce sera plus franc et on gagnera du temps. Quant à moi j'en ai ma claque que le milieu du polar français ignore et méprise les trois quarts de la littérature criminelle.

Fin du coup de gueule.

10/09/2014

Un temps révolu?

Pierre Sérisier à propos de la série Origines:

Personne n'a eu l'audace d'expliquer que cette intrigue relève du Cluedo. Vous savez, ce jeu où c'est toujours le colonel Moutarde qui est le meurtrier avec un chandelier dans le salon. J'y jouais quand j'étais gamin au début des années 70. Et bien, on en est encore là. On réfléchit aux séries policières françaises comme s'il fallait adapter Boileau-Narcejac ou Georges Simenon. Non, c'est fini. Ce temps est révolu. Agatha Christie appartient au passé.

Mettre dans le même sac des auteurs aussi différents et qui, pour d'eux entre eux, sont parmi les plus lus dans le monde et en France*, et proclamer leur obsolescence - voilà qui peut surprendre. Les assimiler au jeu de Cluedo (quand seule Christie ressort du roman d'énigme dont le Cluedo est une caricature) et taxer celui-ci de ringardise, aussi. Mais nous sommes en France, et tout s'explique.

Le whodunit, puisque c'est lui qui est visé, est pratiquement absent du paysage éditorial français depuis plusieurs décennies, si l'on excepte la valeur sûre qu'est Christie, des anomalies en voie de résorption comme Paul Halter et quelques rééditions éparses - toujours les mêmes d'ailleurs - qui ne suscitent que peu d'intérêt dans les médias. Cela ne tient pas, malgré les apparences, à une désaffection du public mais au fait que ceux qui font la pluie et le beau temps dans ce domaine - éditeurs, critiques, journalistes - préfèrent largement des formes plus modernes et à leurs yeux plus "littéraires" à commencer par le sacro-saint roman noir qu'ils n'ont donc de cesse de promouvoir. Le whodunit, à leurs yeux, est dépassé, ringard et aussi peu digne d'attention et de soutien que les romans de Barbara Cartland. C'est ainsi que le dernier éditeur spécialisé en France, Le Masque, a définitivement tourné casaque au début de ce siècle sous la férule d'une directrice dont l'objectif avoué était d'en faire un Rivages bis** (comme si un seul ne suffisait pas...) Adieu Peter Lovesey, bonjour Don Winslow!

Difficile dans ce contexte d'admettre que le genre se porte bien dans les pays anglo-saxons, sous une forme certes modernisée et parfois caricaturale, le "cozy" (douillet, parce que peu porté sur la violence et le sexe contrairement au noir et au thriller) Son auteur-phare, la canadienne Louise Penny, connait un succès critique et commercial retentissant, consacré par de nombreux prix et distinctions. On ne s'étonnera pas qu'elle n'ait jusqu'ici suscité qu'un intérêt limité et passablement étonné ("ça existe encore, ce genre de truc?") chez nous, et on la cherchera en vain dans la sélection pour le Grand Prix de Littérature Noire Policière.

La vision déformée et réductrice que se fait la France de la "Planète Polar" est un sujet que j'ai abordé à plusieurs reprises sur ce blog et quelque chose me dit que je n'en ai pas fini.

* Tellement populaire dans le cas de Christie qu'une suite vient d'être donnée aux aventures de son détective Hercule Poirot!

** Le Masque a semble-t-il décidé de renouer avec ses racines depuis le départ de Mme Aubert vers d'autres cieux, comme le suggère le réveil de la "collection jaune" et des rééditions de Dorothy L. Sayers, Rex Stout et autres.

25/08/2014

Sir Richard

Je ne connais pas très bien son oeuvre en tant que réalisateur, mais j'apprécie ce que j'en ai vu (Les Griffes du Lion en particulier, qui me semble un film très sous-estimé) C'est surtout en tant qu'acteur que je me souviendrai de lui - et quel acteur! Gang de tueurs, La Grande évasion, Hold-up à Londres, Le Rideau de brume, Le Vol du Phénix et tant d'autres. Son moment de gloire à mon avis fut le très sous-estimé 10, Rillington Place où il offre l'une des interprétations les plus inquiétantes de l'histoire du cinéma. Si les Oscars se gagnaient vraiment au mérite, il aurait reçu une nomination et peut-être même une statuette. R.I.P.
 

I'm not familiar with his work as a director, but I like what I've seen (his You-Know-Who biopic, Young Winston, is very underrated I think) I'll remember him first as an actor - and what an actor! Brighton Rock, The Great Escape, The League of Gentlemen, Seance on a Wet Afternoon, The Flight of the Phenix and many others. His greatest moment, I think, was the much underrated 10, Rillington Place where he delivered one of the most chilling performances in film history; if Oscars were really about merit, he would have earned a nomination and maybe won. R.I.P.